Les Français d’Algérie retrouvent leur état civil

(Texte du journal La Provence du 26.06.03 : www.laprovence-presse.fr)

 

Les actes de naissance, mariage et décès seront désormais accessibles sur informatique aux Archives d’outre mer à Aix-en-Provence. Mais il manque 1,5 million d’actes que l’Algérie promet de donner

Comment vivre en paix avec son passé quand ses morts et des pans entiers de sa propre histoire sont restés cadenassés par-delà les mers? C’est le cas de l’Algérie, colonie la plus française de tout l’empire entre 1830 et 1962. Napoléon III voulait en faire une prolongation de la France. Il y réussît. Mais l’aventure se termina par une guerre dont les plaies, quarante ans après, ne sont toujours pas refermées.
Conduite dans le cadre de l’année de l’Algérie en France, l’initiative multimédia du Centre des Archives d’outre-mer (CAOM), inaugurée aujourd’hui, à Aix-en-Provence devrait favoriser cette réappropriation du passé, dont les jeunes pieds-noirs et leurs enfants sont de plus en plus friands et fiers. 1800 nouveaux généalogistes ont entamé des recherches au centre aixois en 2002, soit un doublement des effectifs. Avec le soutien des ministères de la Culture et des Affaires étrangères, les archives procèdent à la numérisation et l’indexation des 3,5 millions d’actes d’état civil des Français d’Algérie, conservés à Nantes sur microfilms. Conformément à la loi, seuls les actes vieux de plus de cent ans seront visibles.
Déjà 15000 actes de naissance, mariage et décès sont accessibles en un clic de souris. Fin 2004, ils seront un million. L’informatique permet une recherche accélérée à partir du nom et pas uniquement de la commune. "La numérisation va faciliter les recherches administratives parfois effroyables. Elle va également donner un véritable outil aux généalogistes", souligne Françoise Durand-Evrard, directrice des archives d’outre-mer.
Autre avancée, l’état civil des 600 communes de l’Algérie française sera dévoilé contre 44 aujourd’hui. Confectionnées dans l’urgence lors de la décolonisation, certaines bobines couvrant le XIXe siècle comportent des actes enregistrés au XXe siècle. Elles n’étaient donc pas diffusables avant cette remise en ordre informatique.
La liste des noms sera consultable sur le site internet du CAOM (1).Toutefois, la Commission nationale informatique et liberté s’est opposée à la mise en ligne des documents familiaux. Le passage par le sanctuaire aixois restera obligatoire.


Prochaine étape, les actes des notaires
Pour les Français ayant des racines dans l’Algérie coloniale, la bonne nouvelle ne s’arrête pas là. La visite de Jacques Chirac à Alger a eu pour effet l’ouverture de la dernière tranche de l’état civil colonial. Les Français pourront microfilmer le million et demi d’actes manquants, provenant essentiellement de communes rurales.
"Tout a été conservé", assure Mme Durand-Evrard, qui s’est rendue à Alger pour étudier la faisabilité de l’entreprise. "J’ai même vu l’acte du premier mariage célébré en 1832 dans l’Algérie française entre une blanchisseuse et le commis aux subsistances militaires." Fin 2005, les cinq millions d’actes réalisés dans l’Algérie française devraient être numérisés.
Il en sera alors fini, du moins en théorie, des tracasseries administratives sur lesquelles butent des personnes voulant se marier ou produire un acte notarié. Auteur du remarquable fascicule L’Algérie des origines à nos jours (éditions Autrement), l’historien marseillais Jean-Jacques Jordi se réjouit des nouvelles investigations possibles. "A partir de l’état civil, on fait le lien avec la concession donnée au colon, on lira le rapport de l’inspecteur colonial, l’histoire du village, sa construction. Le centre aixois est le seul permettant aux pieds-noirs de retracer leur histoire au jour le jour."

 

(1)Centre des archives d’outre-mer, 29 chemin du moulin Detesta, 13090 Aix. 04 42 93 38 50. Le CAOM publie un ouvrage magnifique sur ses archives d’Algérie (éditions Hazan, mai 2003, 48,95).
Site internet : http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/caom/Djazair/indexDjazair.html