Histoire de l'ouest parisien
qui se passe entre Paris et l'ouest Côte
Normande dans les années cinquante

Ami j’ai vu le jour dans une belle et noble cité

Le fleuve descend calmement vers la mer

La mer qui ramène à la côte les entreprises les plus réfléchies

Ce sentiment de profonde compassion à la vue d’une épave sur la grève

L’horizon marin confident de mes rêves

Le grand roulement des nuages et le ciel étoilé

Les voies de la gare Saint-Lazare passaient en bas de la maison

Enfant nous prenions souvent le train et je regardais toujours défiler nos fenêtres comme un signe de mon destin

Un jour j’avais gravé le nom de ma mère en un endroit de la façade dérobé aux regards pour que jamais elle ne meure

A cette époque la ville portait à nouveau l’air de la puissance et du pouvoir

Un ordre ancien était revenu et personne n’en voyait d’autre

Il y avait eu un temps d’ivresse celle de la liberté retrouvée bientôt remplacée par l’insouciance laborieuse

Nous partions en voyage la tête à la fenêtre mon regard assoiffé allait et venait sans cesse de la gracieuse Pacific à l’arrière du lourd convoi épousant docilement les courbes de la voie

Alliance parfaite entre la force la grâce et le mouvement

Les guerres étaient ailleurs silencieuses

Allaient-elles rester loin de nous longtemps

Cette armée remise aussitôt sur pied réclamait sans cesse plus de soldats

Nous voyons partir ces jeunes gens anciens aînés de nos jeux d’enfant

Et ces baraques misérables dont nous n’osions pas nous approcher aux abords de la ville pourtant pleines d’enfants comme nous

J’avais à peine dix ans bon élève je mettais consciencieusement mon doigt dans l’encrier pour vérifier les lois incompressibles de l’hydraulique et je savais tout cela.

 

Patrick Thomasset

31 Mai 2001